« J’aime la photographie parce qu’elle me propulse physiquement dans le réel et me permet d’embrasser la chair du monde. Un écrivain, un peintre, lorsqu’ils veulent décrire ou peindre un lion, peuvent le faire dans leur atelier, dans leur chambre ; un photographe ne peut s’abstraire du tangible et doit aller au charbon, se dresser dans la lumière et faire face au rugissement s’il veut photographier le rugissement. » Francis Traunig J’ai d’abord photographié comme on chante sous la douche, avec une insouciance joyeuse, clients, gens du quartier, représentants ahuris. Mais les impératifs du commerce - mon magasin de vêtements - ne tolèrent pas toujours la fantaisie ; et c’est après les heures de fermeture que je me suis mis à élucubrer. Topographe de l’approximatif, plus que photographe, Francis Traunig se sent chez lui partout. Mais c’est pourtant toujours aux Pâquis, son quartier genevois, qu’il retourne. C’est d’un pas léger qu’il passe d’une idée à l’autre, esquisse ses monomanies polychromes. Le mouvement du vent dans les seigles, celui du désir sur les visages, les touristes à la plage, la poésie des devantures de magasins, sont autant d’invitations à faire des images. Mais c’est par amour de la rencontre qu’il braque son objectif - main tendue - vers l’Autre. Photographie « Regardez comme je sais m’abstraire pour laisser à ma création le soin de dire, mieux que moi tout entier, que j’aime être aimé. Sinon, pourquoi précipiterais-je toutes ces oeuvres vers vous? Pourquoi ressasserais-je, encore et toujours, cette obsession à vouloir rendre visible l’invisible, palpable ce qui coule au fond de moi ? Regardez papa, maman, monsieur, Mon Dieu, regardez comme j’existe, comme j’exulte, comme je vis, alors que si peu ME voient. »